mercredi 27 novembre 2013

We are what we believe.

Juin 2008, coup de téléphone de mon pote Chamoule, le plus provincial des Parisiens, installé depuis quelques temps à Londres. Son nouveau groupe Jedethan part sur une tournée Franco - Belge d'une dizaine de date en compagnie d'un chanteur folk, originaire du Sud de la capitale anglaise, un certain Frank Turner. 
Son orchestre Million Dead avait eu son petit effet sur mes poignées auditives à l'époque. Je connais le garçon pour l'avoir croisé deux ans plus tôt sur un festival en banlieue Toulousaine. On avait filé un petit coup de pouce avec ToLoose Punkers pour que le petit protégé de Cham soit à l'affiche d'un évènement organisé par nos camarades de Progrès Son. Cheveux longs, petit bouc façon Nickelback, j'ai le souvenir d'un agréable jeune homme, festif, et énormément talentueux.  Bref, il manque un camion et un chauffeur pour une tournée d'une petite dizaine de date en France et Belgique. Mon emploi du temps étant aussi troué qu'un blue-jeans de Seattle en 1993, j'accepte volontiers la proposition de mon camarade et embarque toute la troupe à Paris dans le camion orange, après une fête de la musique légèrement mouvementée.
On part ainsi quelques jours sur la route, de Paris à Bruxelles, en passant par Valence ou Toulouse. On forme une belle équipe, ce trio Jedethan, et son stoner rock hybride, Frank et ma tronche. Une bonne ambiance fidèle aux tournées de rock, humour colonie de vacances et railleries de rigueur. Je découvre les chansons du londonien, et l'intensité des représentations. Seul avec son bout de bois à 6 cordes, il joue avec la même ardeur devant 15 personnes à Lille, le double le lendemain, et puis devant 8 teigneux à Nice. De petits rads, en barbecues, la troupe fait ainsi un bon petit tour dans nos provinces hexagonales. De l'autre coté de la Manche, les chansons de Francis rencontrent déjà un succès tel que l'oiseau s'envole en fin de semaine pour assurer des prestations dans les plus gros festivals anglais.
Au fil des dates, le jeune britannique est en passe de prendre une place de choix dans ma sensibilité et mes goûts folk,  au côté d'un autre chanteur au prénom similaire. Coucou Francis.
J'accroche bien avec le gazier et le reste de l'équipe. On a en commun les mêmes valeurs, un amour de l'asphalte et un sens de la fête aiguisé. Songwriter hors pair, humble, discret, et efficace sur les planches, je ne doute pas dans son avenir dans le métier. On partage d'agréable moment à l'avant du camion. On s'échange nos parcours, nos histoires de coeur, et d'autres anecdotes certainement aussi intéressantes qu'une vidéo féline sur un réseau social has been. La tournée se termine, on repart tous au boulot, Frank sur la route.
Ecaussines, Belgique - Juin 2008.

La Chimère, Lille - Juin 2008. 
1er Novembre 2013, nous sommes à Dallas, Texas. Je  ne sais guère ce qu'on fiche là. Au moment de prendre le billet New-York-->Los Angeles, mon interlocuteur nous a offert le choix de passer 3 jours à Dallas avant de rejoindre la Californie. Dans l'excitation du moment, je réponds positivement avec un enthousiasme certainement inadapté avec les attractions de la ville. Ce n'est pas que je me contrecarre de visiter l'endroit ou JFK s'est fait assassiné mais nous en sommes pas loin.

La destinée arrange parfois bien les choses. Alors que nous nous apprêtons à nous vautrer pendant 3 jours dans les draps de l'ennui de la cité texane, j'apprends que  Frank est en ville avec ses camarades de jeu : The Sleeping Souls. Le petit coquin est en tête d'affiche d'une énorme tournée américaine de deux mois. 
Mis à part quelques mails échangés à la volée,  je n'ai guère eu de nouvelles directement. Mais depuis 5 ans, celui qui jouait autour des feux de camps dans les jardins flamands, à sérieusement avalé les kilomètres de la route du succès. Une signature sur le plus gros label indépendant du monde, trois albums, une date homérique au Wembley Arena de Londres, une prestation pour la cérémonie d'ouverture des jeux olympiques, j'en passe et des raisons pour chopper une pastèque à la Alain Delon.
J'envoie au hasard un courrier électronique au jeune homme lui signifiant que nous sommes en ville. Aucun soucis, des centaines et des centaines de dates plus tard, et de milliers de miles parcourus, associés certainement à un pacson de rencontres, il est heureux d'avoir des nouvelles et nous rajoute sur la liste des invités.
Dallas, TX - Novembre 2013
Le charisme est noble uniquement lorsqu'il est dépourvu de frime. Frank fait parti de ces gens là, capable de te mettre une salle entière complètement à merci. Pas de démagogie mal placée, ni de discours surfaits, les prises de positions sont sincères, et fidèles aux valeurs défendues dans le passé. Les chansons, entre hymnes folk aux refrains fédérateurs, et ballades poétiques retournent les viscères à faire sangloter le moindre cowboy trop à l'aise sur sa selle. Entre les chansons, je retrouve le même humour, auto - dérision, et proximité avec l'auditoire.
Je retrouve dans cette salle de l'est de Dallas, la même ambiance qu'il y a cinq ans sur les routes de France. Le public bien plus mixte et bigarré qu'à l'époque connait les textes sur le bout des doigts. On est coincé entre un couple de gros beaufs, et un vieux fermier doté d'une magnifique casquette couleur "urine", et on chante tous les mêmes tubes. 
Concert terminé, on retrouve Frank au milieu de ses fans, il fait son job avec plaisir, et prend le temps de prendre une photo avec chacun d'eux. J'hallucine complètement sur la situation. Les jambes tremblotantes, la plèbe attend patiemment son tour, son instant privilégié avec l'artiste. Tout ça me dépasse un peu. On termine sur une terrasse d'un bistrot de la ville, Frank paye son coup, nous présente son équipe et ses musiciens, puis on reprend l'échange d'enfantillages que nous avions commencé il y 5 ans puisque visiblement nous n'avions pas terminé. 
Si un zigue devait incarné la notion d'humilité, ça serait certainement celui-ci. La où certains explosent en plein vol lorsque les salles se remplissent, d'autres restent intègre et se bonifient au contact du succès. Je souhaite le même parcours à tous ces troubadours que l'on croise sur la route avec leur instrument de fortune. J'en connais même qui mériteraient d'être ailleurs que dans les pmu déroutant de l'hexagone (suivez mon regard). D'autres peut-être, feraient ils mieux de reprendre un orchestre de musique extrême. C'est toujours plus confortable derrière un ampli.
Enfin merci Frank, il y a quelque chose de rassurant à suivre ta carrière. Il y a même un peu de fierté qui s'évade quand je jette un coup d'oeil dans le rétroviseur.

Jedethan & Frank Turner - Juillet 2008

dimanche 10 novembre 2013

These vagabond shoes. They are longing to stray.

Damned, les aventures défilent comme les tomes de Martine. Il faut que j'arrive à consacrer plus de temps à ce maudit blog pour pouvoir rester à la page, sinon vous lirez au mois de Juillet, l'histoire formidable des réjouissances de la saint sylvestre. Il ne faut pas croire les commérages de bureau de votre voisin de palier, ce n'est pas parce que tu n'as pas de travail que tu as forcément du temps devant de toi. En particulier sur la route. Il y a environ dix milles choses à faire plus intéressantes que d'installer ton laptop pour te réchauffer les genoux. Chaque geste coutumier peut vite se transformer en aventure rocambolesque. Du piment dans le café, chaque jour au petit déjeuner, et la vie devient tout de suite plus agréable.
NewYork donc, deuxième étape américaine de notre tournée sans musique. Réitération de l'expérience AirBnB à un bémol près, notre hôte New-Yorkais est un professionnel dans le domaine. Littéralement parlant, il a fait de cette prestation rendue à la personne, un moyen de remplir son réfrigérateur. Visiblement, c'est la mode dans la grande pomme comme à Paris, le sujet est même devenu affaire d'état puisque les colossales maisons de l'hôtellerie commencent à s'inquiéter. Le malaise des aubergistes, c'est le cadet de mes soucis, néanmoins les dizaines de milliers de dossiers de logements sociaux qui attendent bien planqués à l'angle du bureau, laissent un arrière goût acre au fond du bec.

Brooklyn Bridge
Nous sommes hébergés du coté de East Flatbush, sympathique quartier bigarré de Brooklyn. La population est principalement originaire des Caraïbes, on y parle anglais avec un accent plus compréhensible qu'au Texas, on y sent les odeurs de Jamaïque et de Haiti, et les gens y sont très souriants quand ils croisent nos dégaines de toubabs perdus. Le quartier pâti toutefois d'une réputation à  criminalité certaine, on se fait donc discret, c'est pas le genre d'endroit où tu peux te permettre de rentrer ivre à 4 heures du matin, en chantant Megadeth, un slip sur la tête, l'organe en mode manche à air.
On a donc passé 8 jours à croquer la grosse pomme, logés dans un élégant demi sous-sol vous dira notre hôte, une charmante cave vous répondrais-je dans la foulée. 
Celle que certains considèrent comme la capitale du monde est épuisante. Il y a trop de choses à faire, les sens sont mis à rude épreuve dans n'importe quel moment de la journée. Notre grosse semaine ne suffira jamais à satisfaire les suggestions des différents guides, comme celles des amis qui ont un jour laissé un bout de canine dans la fameuse pomme. On a donc pris la ville en pleine poire, profitant au maximum du spectacle permanent, prenant chaque rencontre, chaque expérience comme une attraction exclusive. Mention spécifique pour les trajets en métro.  Présents minimum au nombre de deux, on a passé énormément dans les différents trains New-Yorkais. Nous nous sommes perdus à peu près tous les jours, nous avons ragé contre cette organisation bien trop complexe pour d'humbles provinciaux français, mais nous avons pris plaisir à regarder vivre les habitants de l'île de Manhattan. Une observation anthropologique redoutable.

Somewhere in Times Square

Il va de soi que l'évènement le plus notable à retenir est le grand retour de la mode des années 90 sur les jeunes adolescents New Yorkais. En effet, pour être branché, il faut porter le pantalon juste en bas des fesses. Alors attention, pas non plus bas trop bas, comme pour satisfaire un besoin vital de type 2, mais juste un peu plus haut. Vous savez ce moment fatidique avant qu'il ne finisse à trôner sur vos chevilles. Deuxième information capitale, le retour de la chaussure de chantier dans le coeur des adolescents. Caterpillar, en marque phare, back to the future. Me revoilà replongé dans mes années collège, la raie au milieu, Steve Caballero et Michael Burkett comme maîtres à penser. Les modes viennent et reviennent comme un interminable cercle vicieux. Préparez vous à ressortir l'accoutrement de 1996 si vous voulez être à la page.
On a vu tout ce qui fallait voir, pour une visite version courte de la ville. Bons élèves une fois de plus. 
Je garde néanmoins un souvenir tout particulier du "Lower East Side Pickle Day", autrement dit la fête du cornichon, dans l'un des quartier des plus agréables de Manhattan. Une rue entière consacrée à la dégustation gratuite des ces illustres gros cornichons, beaucoup plus doux que par chez nous. Des concerts, des stands de nourriture, des activités pour les enfants...Un dimanche classique semble t'il pour les New-Yorkais. Les meilleurs souvenirs ne sont jamais écrits dans les guides touristiques. 
Pickle Day 2013
South Manhattan
Coney Island
"Girls just wanna have fun" China Town
Top of the rock
Rien à voir avec les tomates farcies de Mamie, mais le mois dernier à Montréal, nous avons tourné une vidéo dans le cadre des épisodes "Slam shows sur le toit" organisés par Jessy et son label Slam Disques. Il m'a fallu une dose de courage non atteinte depuis belle lurette, ainsi qu'une bonne mise à jour de "confiance en soi" pour présenter ma frimousse sur la terrasse du quartier Verdun. Un moyen de faire un gros clin d'oeil à mes amis de l'orchestre, restés à Toulouse, à cette vie à laquelle je pense souvent.

vendredi 1 novembre 2013

Boston, Massachusetts.

Montréal dans le rétroviseur, nous avons finit par nous vêtir de ce grandiloquent costume de touriste. Notre déplorable sens de l'orientation, ajouté à la notion de la distance fortement mise à mal de ce coté de l'océan, on a adopté la tenue légère, adaptée aux interminables marches. Le genre de déguisement qui ne te permet même pas de rentrer à La Paillote, le très sélect et réputé disco club toulousain. Le visage accablé par le demi-quintal réparti entre le sac à dos, et le sac à ventre, son voisin de circonstance, on a donc reprit joyeusement la route.
Boston, pour première étape américaine. Un choix de dernière minute, une salle d'échauffement avant d'affronter la grosse pomme. Question logement, c'est aussi notre premier essai avec le grand frère payant de Couch Surfing, le désormais reconnu : AirBnB. Je suis un peu sceptique avec le concept, notamment sur les dérives que peut engendrer l'arrivée des capitaux dans la relation hébergeur/hébergé. Il y a trop de personnes qui dorment à la lueur des étoiles, pour faire n'importe quoi avec, quand on a de la chance d'être l'heureux propriétaire d'un toit, voir même de plusieurs.
C'est toutefois un sympathique couple qui nous a accueilli à Boston, à deux pas du campus de l'université d' Havard, et du très reluisant quartier étudiant qui lui est associé.

Harvard University
ESPN live
Little italy
Etant donné, notre situation géographique, nous l'avons donc joué « bon élève ». Civilisation américaine, étude d'une des treize colonies britanniques, ville marquante et élément déclencheur de la guerre d'indépendance des Etats Unis, option : « Tourisme ». Une attitude tellement exemplaire, que je suis persuadé que le doyen d'Harvard doit regretter de ne pas nous avoir sollicité pour faire parti d'une des nombreuses promotions d'élite, quand nous avions encore l'âge décent de fréquenter l'université.
On a donc suivi à la lettre, les « must seen » des différents guides, et fait le tour des principales attractions de la ville. Je vous épargne le descriptif de nos activités touristiques et il en sera ainsi tout le long du voyage, je suis sur que le premier blog croisé sur la toile, vous renseignera à merveille sur ce qu'il faut visiter ou pas dans tel ou telle ville. Je vous laisse le guide du routard, je m'occupe de celui du roublard.
Quincy Market
Southport

Notre pleine journée de présence à Boston coïncide avec le première journée des World Series de baseball, l'équivalent de la ligue des champions pour notre football national. Rien de mieux, pour nous plonger immédiatement en plein cœur de la culture américaine. Toute la ville est organisée en fonction du match du jour, qui oppose les RedSox de Boston au Cardinals de Saint Louis. On profite pour nous rendre au Fenway Park, épicentre de la fête du jour. Sur place, c'est l'effervescence comme dans mon verre, un lendemain de brosse. Les médias en masse, les fans vautrés dans les chaises de camping en attendant que le guichet ouvre, la boutique officielle prise d'assaut par les supporters, on a du mal à croire ce qui se passe. A 350 dollars la place dans le stade, on choisit l'option « bistrot » pour aller assister au spectacle. Ca tombe bien, nous sommes dans la ville des Dropkick Murphy's, le célèbre orchestre de punk rock celtique, qui a animé un bon nombre de mes soirées d'adolescents et plus encore. Le groupe est une institution dans sa ville. Il joue en ouverture des matchs, les membres sont amis des joueurs, et Ken Casey le bassiste chanteur est le patron du Mc Greevy's, le bar sport par excellence. L'endroit où les supporters se retrouvent, là où le combo punk tourne ses clips, là ou les clients trinquent à la santé de la musique amplifiée et du sport populaire.
Géraldine, en manque permanent de sa dose de punk rock me force donc à aller rendre visite à la célèbre enseigne Bostonienne.
J'avais pas une haute opinion de ce Ken Casey, pour l'avoir rencontré en interview en 2001 pour Radio FMR. Avec mon collègue David, nous nous étions retrouvés face à un individu hautain, prétentieux et presque méprisant à notre égard. Le succès n'était pas encore aussi important pour lui et ses sbires mais déjà il flatulait plus haut que la moyenne. Son zinc ne va pas me faire changer d'avis sur le personnage, on se retrouve dans un bar hype, pour middle class branchée qui sirote des cocktails en chantant l'hymne américain la main sur la cœur. On est loin des « working class heroes » à l'honneur dans les chansons de Dropkick Murphy's.
Mais ne vous fiez pas à ces mots un tantinet péjoratifs, nous avons passé un agréable moment. Dans ce célèbre bar, comme dans le reste de la ville. Une ville américaine à taille humaine, chargée d'histoire, une population sympathique et drôlement accueillante, bref un parfait marche pied pour la suite des évènements.


dimanche 27 octobre 2013

So long Montreal...

Aujourd'hui cela fait une semaine. Le jour tant redouté a finit par arriver. Nous avons du quitter Montréal, la boule au ventre, les maxillaires serrées, et une beau catalogue de souvenirs étalé dans l'hippocampe. Au terme de ces 7 semaines, nous y avons crée nos habitudes, des réflexes, et le début d'une nouvelle vie. Ca commençait à sentir la maison. Une jeune adolescente perdue au milieu des feuilles du parc Laurier m'a même demandé son chemin. J'ai répondu bien évidemment à coté de la plaque, et la pauvre demoiselle doit être toujours en train de chercher sa destination, mais c'est surement du, plus à mon pitoyable sens de l'orientation que à l'engagement corps et âme envers le dispositif organisationnel de la ville.
J'en profite pour remercier une fois de plus tous ceux qui nous ont filé un coup de main. Ceux qui nous ont hébergé bien sur, mais aussi ceux avec qui nous avons partagé un repas, une bonne brosse, qui nous ont prêté un vélo ou un sourire. 
Après avoir quitté le travail, on s'est octroyé deux fins de semaine entre amis, placés sous le signe du nihilisme. Le premier à Lyndhurst, Ontario avec mes deux potes d'enfance, installés au Canada, le second à Québec City avec nos colocataires  Montréalais. Les photos de Géraldine parleront surement mieux que ma prose bien fatiguée par nos trépidantes journées américaines du moment. Restez branchés.
Home

Couch view,  Lyndhurst
Gérard d'Aboville
Chutes de Montmorency, Québec

Ami(e)s du vertige

Roommates, Quebec City

Greg Laraigne @ Knock Out, Québec



mardi 15 octobre 2013

"Could you bring us the menu, please ?"

- "I am the live menu. Can I take a seat with you? To explain what could you drink or eat ?

C'est à peu près dans ces termes maladroits que l'ont commencé la majeure partie de mes interactions sociales de ce dernier mois. Estimez vous heureux, je vous épargne l'accent anglais du sud de la France, en vous les soumettant à la lecture.
C'était dans les plans depuis les premières prévisions "budget" du voyage.
Mettre de l'argent de coté, faire fructifier des deniers sur un compte épargne, n'étant pas ma grande spécialité, je me suis vite rendu à l'évidence. Il allait falloir travailler dès la première étape du voyage, en l'occurrence : Montréal.
Pas de visa de travail, une expérience extra-éducation spécialisée qui commence à dater d'une petite décennie, je me suis présenté pas réellement serein aux premières annonces qui me sont tombés sur le coin de l'oeil.  Quelques jours à m'acharner sur un site web comme le chat sur les rideaux du salon, et voilà que je me retrouve à décrocher un entretien d'embauche dans un salon de thé - pâtisserie française.
C'est sur les hauteurs de la ville que cette institution française est installée depuis soixante ans maintenant. Le propriétaire Canadien d'origine Italienne, vient de reprendre les choses en main, et a visiblement inculqué un nouveau souffle dans la large collection de produits français à consommer sur place, ou à emporter.
On m'explique que je vais certainement être d'office introduit en tant que serveur. C'est à dire que je saute la case "Busboy" pour accéder directement à l'olympe de la restauration : la prise de commande, le rapport direct avec le client. Je vais être l'image même de l'établissement dans la rétine du consommateur. La clientèle est composée d'habitué(e)s, souvent le club des cheveux d'argent du quartier, mais aussi et surtout de touristes fortunés, de passage dans la métropole et en quête d'embruns et de saveurs européennes.

Pantalon à pince, chemise blanche, noeud papillon, il faut être beau. Du moins, il faut essayer de l'être suivant les critères de beauté du boss italien. Il est d'ailleurs très clair avec cela puisque lors d'une réunion précédant le début du service, ce charmant quinquagénaire s'exprima en ces termes à ses salariés :
-" J'embauche des hommes élégants. Je veux pas de gros, ni de petits. Je veux des garçons qui peuvent plaire à ma clientèle féminine. Je veux que les clientes viennent ici pour la bouffe, mais aussi et surtout pour voir mes garçons. "
Je vous épargne la partie sur les femmes au travail, qu'il n'hésite pas à traiter allègrement de fainéantes.
Ok, un italien machiste et misogyne pour patron. Les clichés auront donc la vie facile.
Pour prendre la commande, il faut s'asseoir à la table du client, afin de présenter le menu, mais aussi pour permettre d'humaniser la relation serveur/client, personnaliser le rapport, instaurer un brin de sympathie dans ce moment si éphémère pour l'hôte de l'instant. Aucun problème la dessus, si effectivement les valeurs cachées derrière les méthodes étaient bien philanthropiques, mais il n'en est rien. On est là pour "draguer" le client, quitte à s'inventer une vie pour essayer de trouver des centres d'intérêts communs avec la victime.

Pause repas

Sous le brouillon capillaire qui me sert de coupe de cheveux, je me suis questionné des jours durant, sur le sens de mon travail ici. Mes collègues, aficionados de grosses voitures, aimant les sports de combat, et les blagues homophobes, j'ai du mal à me lever le matin pour aller au turbin. Oui mais, les manières de notre cher tenancier Italien fonctionnent à merveille puisque le salon de thé comme la pâtisserie ne désemplisse pas. Et quand ça marche financièrement pour le patron, ça marche pour les employés et au fil des jours qui s'écoulent, je me dis que dans quelques mois avec Géraldine, on sera les paturons croisés trempant dans l'eau du Pacifique, et ce même propriétaire napolitain ne sera qu'un lointain souvenir...
Mais c'est plus fort que moi, ma générosité déborde de palabres quand il s'agit d'évoquer le metteur en scène de la pâtisserie. Celui qui invite ses amis, propriétaires de rutilants automobiles, à manger le plat le plus long à concocter de la carte, et le tout 10 minutes avant la fermeture ne peut que mériter un minimum d'attention. Cet homme représente exactement tout ce que j'exècre. Un coach sportif particulier, une femme qui a 25 ans de moins que lui, sotte à repasser un k-way, 2 voitures flambantes neuves, et une manière de s'adresser à ces employés rappelant sans mal les méthodes employées par le roi envers ses vassaux il y a quelques siècles de ça.
Lassé d'être considéré comme un excrément raté, j'ai tapé son nom dans google en rentrant un soir du travail.
Oh ivresse et exaltation ! Comment ne m'être pas rendu compte de cela plus tôt. Les petites enveloppes promenants mano à mano à la fin du service, les salariés à 95% dans la même situation illégale que moi, les grosses voitures, et tous les stéréotypes ambulants que je croise depuis un mois. Je travaille pour un DSK de seconde zone. Une des nombreuses cibles de la commission Charbonneau de Montréal, un  de ces mafieux qui magouille souplement depuis des années, nageant le sourire aux lèvres entre les mailles du filet de la justice. Je donne mon temps à un enfoiré de première. A la vue de la collection de casseroles que le coquin accumule à l'arrière-train, je peux comprendre qu'il soit dans la restauration.
Et puis je suis parti à la fin du mois de travail. J'ai pas quitté le travail parce que tout ce système me posait un problème d'éthique, je suis parti parce que j'avais gagné assez d'argent. J'ai pris le cash et puis je ne suis pas revenu. Je le regretterai peut être un jour en le racontant, mais c'est comme ça. Ils sont forts ces italiens.

mercredi 25 septembre 2013

Montréal, Canada.

Bigre, cela fait déjà 3 semaines que nous avons atterris à Montréal, QC, Canada.  Je m'étais juré de mettre ce blog à jour aussi souvent que possible, mais le quotidien Canadien  à pris le dessus sur mon appétence à me coller les mirettes sur un écran 13 pouces.
C'est chez nos amis de Fred et Martin, de l'excellent groupe BonVivant, rencontrés au mois d'Avril dernier sur les routes de France et de Belgique, que nous avons posé nos affaires pour cette première semaine Québécoise. Accueillis comme le couple princier au Grand prix de Monaco, on a très vite pris nos marques dans la métropole, errant comme il se doit dans ces rues aussi bien organisées qu'un plateau de bataille navale.  La première semaine a donc été principalement consacrée à retrouver nos ami(e)s de Montréal quittés il y a deux ans lors de la précédente tournée de Charly Fiasco outre-atlantique. On retrouve vite des habitudes familières finalement : jams & shows punk rock, fêtes, bons repas, promenades citadines, et comme le dit justement Gégé : "En fait c'est la même vie ici qu'à Toulouse". Pas faux, worldwide lifestyle.

Dig It Up,  Montreal Harvest Punk Rock Festival
 La seule différence, c'est que le moment où nous allons avoir besoin d'argent ne devrait pas tarder à arriver, et cela plus vite que prévu. C'est une des inquiétudes majeures de l'année à venir : le budget. Nous avons clairement pas assez de coté pour vivre paisiblement comme des touristes anglais sur la côte d'azur durant les prochains mois. Il va donc falloir retourner au turbin. Ca tombe bien c'est une manière de voyager qui m'intéresse beaucoup. J'ai l'intime conviction que le meilleur moyen de rencontrer les habitants du pays qui t'accueille c'est de partager leur quotidien dans leur labeur journalier. C'est donc reparti comme il y a 10 ans. Rédaction de C.V, démarchage, porte à porte, pour proposer tout ce dont je suis capable de faire avec mes 10 doigts, et le reste de ciboulot en état, autrement dit : Pas grand chose.

Somewhere, over the rainbow
Puis, nous avons déménagé chez Olive et sa dulcinée Salomé. Olive c'est mon pote de toujours. Je le connais depuis Septembre 1989, autant vous dire qu'on a eu un maximum de "première fois" ensemble. Du concours de celui qui pisse le plus loin à la première gueule de bois, on a traversé un océan de sottises,  et à la nage je vous prie. Olivier et Salomé habitent du coté d'Outremont, en plein coeur du quartier hassidique, on y parle français, anglais, mais aussi hébreux. Le dépaysement est partout dans cette sacrée ville, et il y est différent à chaque angle de rue. 
Voilà, j'arrête d'empailler mon clavier, j'ai réussi à trouver un job au bout de 6 petits jours, et je dois avouer que cela occupe une bonne partie des mes journées. Je suis serveur dans une patisserie - salon de thé, version luxe et volupté.  Impossible de tout raconter sur ma nouvelle vie professionnelle canadienne dans ce message, je vais être obligé de vouer un post entier aux aventures de mon noeud papillon. Tenez le coup.

Back at work. 
                                             
Vieux port, Montréal

samedi 31 août 2013

Final countdown.



Le compte à rebours est lancé, les jours défilent aussi vite que les platanes le long d'une départementale de province. C'est l'heure des "au revoirs", de faire la tournée de la famille, des ami(e)s, des collègues, comme si on partait 10 ans sur le front avec un coupe-ongle pour seule arme défensive. Ca fait flipper encore plus. Disons que nous partons 1 an en Erasmus à Barcelone étudier l'oeuvre architecturale de Gaudi, ça sera plus simple pour tout le monde. Bref, c'est l'heure de faire sa valise. Qu'est-ce qu'on prend pour un an? Tu prends combien de caleçons ?  Est-ce l'heure de mettre des slips parce que ça prend moins de place? A ce compte là, pourquoi pas enfiler des strings pour pouvoir faire de la place pour"The Dirt" l'épaisse biographie de Mötley Crüe. Enfin autant de questions existentielles qui pimentent mes journées. 

Comme d'habitude, rien n'est vraiment prêt. "Rien ne sert de courir, il faut partir à point", elle a bien raison cette bonne vieille tortue à se hâter dans la lenteur. Entre déménagement, tracasseries administratives, et ultimes banquets de bonne bouffe, je préfère trouver principalement du temps pour faire le stock de bouquins, et écouter des disques. Fermer les volets du domicile parental, s'abriter du soleil qui régale la plèbe au bord de la piscine, et faire le plein de fichiers numériques pour l'année à venir. Voici les 5 disques qui m'ont régalé les cages à miel cet été.

Comadre " Comadre"(2013)
Un groupe à la mode chez les jeunes. J'étais encore passé à coté de cet orchestre. C'est normal je suis vieux me direz vous. Bête hybride géniale entre screamo, emo, indie rock où je ne sais quoi. Brulons les étiquettes, ce groupe là est vraiment singulier, original, et vient de s'emparer du trône de ce royaume où il faut porter une barbe et des chemises à carreaux.
Mélodies hurlées, guitares pop, des expériences qui partent même sur des routes dangereuses puisque avec des notes de piano, voir même de trompette. Un disque osé, et maitrisé de bout en bout.


R.K.L "Riches to rags"(1994)
Je suis retombé sur ce disque, en suivant les conseils d'un véhément mélomane du nord-est de la France (yo Sam). Hop retour illico dans la période de l'adolescence où j'ai pris ces 11 titres au milieu du front.  
Cette époque où je viens de me faire avaler par la vague hardcore mélodique californienne, mais je résiste toujours en sortant les feuilles de l'eau à grand coup de "Appetite for Destruction". Ce disque c'est un peu ça, du punk rock mélo bercé par la fureur heavy rock.
 Jason Sears qui aurait eu des rapports buccaux avec Paul Di'Anno. Un chef d'oeuvre.


Otis Redding "Live on the Sunset Strip" (1967)
Au cours de notre trop courte virée Bretonne cet été, nous sommes tombé sur ce Réunionnais qui reprenait Otis Redding au bord du plus beau port de France. Dédé qui s'appelait. Gros charisme, grosse fougue scénique et autodérision de rigueur. Il chantait le répertoire du soulman avec une attitude punk et une classe folle. Dire que je m'étais jamais penché sur la carrière d'un des héros de mon paternel, coincé par mes oeillères rock. J'ai réparé ma bourde en écoutant plusieurs fois d'affilé, les 3 sets enregistrés par Otis dans ce live au mythique "Whisky A go-go". Ce type a enregistré une quantité incroyable d'hymnes à l'amour tubesque. Merci Dédé.


Fortune Cookie Club "L'histoire c'est maintenant" (2013)
Les Québécois sont venus jouer à Toulouse, lors de leur dernière tournée européenne. On a partagé une belle date significative avec Charly Fiasco, Maladroit et Lame Shot!. Ben m'a gentiment filé leur dernier disque que je malmène au moins une fois par jour dans la platine depuis que les cousins ont quitté ma cuisine.
Punk rock mélo chanté dans la langue de Bruno Masure. Entre Vulgaires Machins et Guerilla Poubelle. Diablement efficace.



Le meilleur pour la fin. Dernier effort pour les toulousains trop injustement méconnus. Quand tout le monde se touche le nombril sur les clips de Fauve, Bruit Qui Court, continue d'user la courroie du camion sur la route toutes les fins de semaine depuis 10ans. Une grosse soupe populaire musicale mélangeant habilement diverses influences toutes justement choisies. Bruit Qui Court, c'est aussi et surtout Nicolas. Celui que je considère comme l'un des meilleurs paroliers de l'hexagone vient d'amener son orchestre à la quintessence de la chanson engagée. Quand la musique sert à trouver la force pour lever le poing plus haut. La société a besoin de Bruit Qui Court, pas de Tagada Jones.

ps : Prochain post depuis Montreal, Canada. Stay tuned buddies.