dimanche 25 mai 2014

Liste à jouer.

La fin du voyage commence à pointer le bout de son nez. On commence à se faire à l'idée, à anticiper le retour, à faire le bilan de ces derniers mois. Le cafard nous rappelle même son existence lors d'innombrables cauchemars nocturnes. Mais il est un constat probant, quand je cogite sur ces derniers mois : Je pense ne jamais avoir écouté autant de musique. Tous ces trajets ont besoin de bande originale. Une ville, une plage, un pays, une rencontre, chaque moment devrait avoir droit à son association musicale. Mais tant que le dernier avion n'aura pas posé ses petites roues sur le tarmac de Toulouse Blagnac, on sera toujours sur la route. Encore et toujours. Les feuilles bien au chaud dans des disques qui sont comme des compagnons de route.
Voici les 10 galettes qui tournent en boucle dans le lecteur numérique depuis quelques semaines. 

NOT SCIENTISTS " Leave stickers on our graves" 
Nouvelle orchestre français, mais des frimousses qu’on a l’habitude de croiser sur les scènes hexagonales et ailleurs depuis quelques années. Je ne vous ressors pas le casting, vous avez vite compris que ce n’est pas à ces gugusses là que tu vas apprendre à composer une chanson de punk rock. 6 titres entre entre pop punk, indie pop, en levant le pied sur le gain des guitares. Je pense à Dead to me, One man Army, et toute la bande. Le chant et les harmonies sont impeccables, sans enlever en énergie et pugnacité. S’il existe sur terre, quelqu’un qui a écouté ce premier disque plus que moi, qu’il lève le doigt où ne se taise à jamais. 


JUSTIN(E) "d+/m-"
Ils sont remarquables ces champions de foot de Loire Atlantique. Toujours régulièrement productifs, malgré leurs emplois du temps chargés à chacun. J’ai craqué, j’ai envoyé un mail à Fabien pour qu’il m’envoie les mp3, tanné d’écouter le disque sur bandcamp, quand je pouvais voler un peu de wifi dans un terminal de bus. Une pochette inspirée du test Szondi, des paroles toujours singulièrement bien écrites, des titres peut être plus mid tempo que sur le précédent effort, mais toujours diablement efficaces. Entre la classe et le génie, Justin(e) est en train de mettre une grosse trace de crampons sur le terrain du rock français.

THE BILLEXCITED  "Demo"
Nouveau groupe de Pat, mon pote de toujours. J’ai l’impression qu’il y trouve bien son compte dans cette formule rockabilly, rock’n’roll et autres sensations pour adeptes des performances capillaires gominées. Il y a un grain de folie dans le chant qui me rappelle sa personnalité, en apportant donc une touche d’originalité dans un genre pourtant largement épongé. Première démo, premières scènes, j’ai hâte de voir ce vieux coquin et ses comparses en rentrant afin de me faire valser les rotules. 



FLYING DONUTS "Still active"
Retour du trio vosgien en pleine forme. 14 titres, production à la hauteur de leur précision scénique, et petites collections de pépites de rock, naviguant aisément entre punk rock, power rock,  sans oublier quelques clins d’oeil appuyés au métal qu’ils affectionnent sans vergogne. Un nouvelle copie qui sort avec les félicitations du jury. Mention spéciale pour The Fuziness, tube en puissance. Foutez moi ce groupe dans un stade devant 80 000 personnes qui attendent Dave Grohl. Il est temps d’éduquer la plèbe et de filer à ces mecs le statut qu’ils méritent.


ALPHA WANN "Alph Lauren"
Hip hop non stop. J’écoute toujours plein de rap français, et cette nouvelle génération me revigore pour la décennie à venir. J’aime ce type, il a cette faculté à poser ses couplets différemment des autres.  Je ne saurais pas expliquer pourquoi. J’y connais pas grand chose au final. Jamais vraiment sur la caisse claire, il flirte avec le beat en rendant l’auditeur sceptique puis admiratif. L’influence de l’école américaine toujours en fond, il manque au jeune un peu plus de fond dans les textes pour finir de me séduire. Ca ne devrait pas tarder. 

BLACK PIGEON "On se partagera les miettes"
Niveau d'objectivité à zéro, c'est la famille, difficile de faire preuve d'impartialité. Autant le premier EP, est loin d'être en tête de gondole de mes goûts discographiques, autant je trouve que l'album est franchement réussi. Punk rock en français, textes sombres et actuels sur le monde qui nous entoure, et influences musicales piochées dans notre scène française comme chez nos voisins d'outre - atlantique. Ecouter ce disque, c'est certainement tenter de combler le manque. Loin des yeux, près du coeur, mais surtout près des oreilles.

THE LAWRENCE ARMS " Metropole"
J'en avais presque oublié leur existence à ces loustics. Bon je reste fan de Brendan Kelly. Le champion de l'humour et du gros fun dans la vie, mais certainement pas dans ses chansons. Encore un tourmenté du bulbe. Je le suis sur twitter comme sur ses disques depuis la période de Slapstick, alors je m'attache toujours à l'épier en cachette. Il a donc fallu jeter une esgourde à ce nouvel effort sorti chez le gros papa d'Epitaph. Rien à jeter, mid tempo punk rock, du songwriting de grande envergure, de belles histoires racontées en musique.
Parfait pour regarder défiler la route, bien calé à l'arrière du bus de nuit.
"I'm the chorus to that lonely street, just footsteps fading from a dying beat"



MIRACLES "Motels"
On les a vu à 2 reprises en spectacle à Montréal, au tout début du voyage. J’avais été plus que convaincu par cette formule acoustique, nouveau projet d’Hugo et Fred (Yesterday’s ring/St Cath). Un disque chanté en français qui plus est, enregistré live dans des motels de la région québécoise. Un mélange de folk, de punk, de rock, soigneusement arrangé et merveilleusement accompagné par une pléiade d’invités de la belle province. Trois incartades au milieu du disque sur le chemin de la variété, il faut savoir coller les étiquettes quand elles ne grattent pas l’épiderme. Aucun soucis, j’adhère à fond.

NIGHT BIRDS "Born to die in Suburbia"
Des campagnards du New Jersey affirme la biographie de ce génialissime orchestre. Un statut revendiqué dans le titre de leur disque, et que l’on ressent tout au long de l’écoute. Entre punk rock, vieille école californienne (Dead Kennedys, Youth Brigade, Agent Orange…) et surf music cradingue sous stéroïdes. J’ai découvert  la semaine dernière profitant d’une connexion wifi d’une puissance assez incroyable pour être évoqué ici. Cet album accompagne tous mes déplacements longue durée en Thailande. Grosse sensation. Ils viennent de signer chez Fat wreck, je ne m’inquiète pas pour leur avenir. 
LE RAT LUCIANO "Mode de vie ... Béton style"
Je suis passé à coté lors de sa sortie il y a 14 ans, trop occupé à me combler les feuilles de décibels distordus, alors je rattrape le temps perdu. C’est un disque de rap mais je l’écoute comme un album de street punk trop chargé d’émotions. Le marseillais pose les parties génitales posées sur la table de mixage. Sincère, hargneux, brut, mais positif ; un témoignage social et personnel d’une époque qui n’a pas beaucoup évolué. Un bijou du patrimoine français. « C’est de la pure oeuvre de rue, un vrai conte de fée moderne ». C’est lui qui le dit.

mercredi 21 mai 2014

Tasmanie, Australie.

Il était beau et fringant, ce jeune couple belge croisé à Tupiza, dans le sud de la Bolivie. En échangeant nos expériences respectives de voyage et autres bons plans de route, nous en sommes arrivés à parler "budget", "gestion" et autres sujets de causerie qui m'intéressent autant que le cour du cacao à Londres. Mais il fallut se rendre à l'évidence, après six mois de route et un compte en banque directement relégué aux soins intensifs, nous étions tout disposés à entendre les meilleures théories, pour vite se refaire une santé financière. Ce frétillant gaillard et sa compagne nous ont donc suggéré de partir pour la Tasmanie, au sud-est de l'Australie, puisque leur expérience professionnelle sur l'île leur avait rapporté beaucoup d'argent en très peu de temps. A l'issu de cette simple anecdote, et sans s'accorder un quelconque temps de réflexion, nous avons pris un billet d'avion pour Hobart, capitale de l'état de Tasmanie. Tout comme Zidane, nous sommes partis sur un coup de tête.
Loin des images idylliques que nous servent les médias sur " l'Australie, ce nouvel eldorado pour les jeunes français", la réalité sur place est manifestement différente en particulier dans le domaine du travail saisonnier.  Dans différentes zones de camping, nous nous sommes retrouvés parfois une bonne trentaine issu des 4 coins du bocal, à mendier du travail auprès des fermes de la région. En auto stop, comme au bon vieux temps, voguant d'exploitations en exploitations, on a essayé de "vendre" péniblement notre professionnalisme et notre savoir faire unique au monde dans ce mouvement particulier, qui consiste à détacher ce noble fruit qui est la pomme, de la branche qui l'héberge. Et croyez moi, quand vous êtes rémunérés au rendement, le mouvement on l'acquière vite, mais mieux encore, on le répète à toute vitesse. Dans ce camping,  niché au milieu de la magnifique Huon Valley, nous avons finit par devenir une petite famille. Allemands,  italiens, chinois, canadiens, bref un casting pour Benetton qui se nourrit essentiellement de pâtes ou de riz. Nous étions mal payés, éreintés, mais heureux. Puis nous sommes remontés vers le nord de l'état, afin de rejoindre nos potes Fabrice & Charlotte. Quelques jours toujours dans le business de la pomme du coté d'Hillwood, à côtoyer Crocodile Dundee et consorts, puis la grande et flamboyante Pomme de Terre a fait irruption dans nos vies.
Home @ Cygnet, Huon Valley
living in the rows, Cygnet.
Enrik & Sven (Estonie), Hillwood.
Grâce aux démarches précédentes effectuées par Fabrice & Charlotte, nous nous sommes présentés aux portes de la charmante bourgade de Longford, au nord de Launceston, afin de remplir la mission d'ouvrier agricole. Toujours au camping, mais cette fois-ci dans des conditions quasi hivernales, nous avons donc partagé le quotidien d'une incroyable bande de locaux aux personnalités toutes aussi agréables les unes que les autres.
Il s'est ainsi déroulé un mois entier, où le réveil quotidiennement réglé à 5h30 nous a fait sortir de la tente pour nous installer sur des grosses moissonneuses, où nous étions chargés de trier ces charmantes patates toutes fraichement sorties de la terre. On en a vu passé de toutes les sortes. Des minuscules, des pourries, des juteuses, des rigolotes, des mickey mouse, des zizis, des black flag, la moindre excuse fût un prétexte à imaginer un scénario pour inventer une autre vie à ces tubercules.
Ce fût long et éprouvant, mais toujours dans une ambiance fraternelle bien propre à tous ces personnes qui fleurissent dans cette zone magnifiquement rurale.
A l'arrière des tracteurs, j'y ai retrouvé la passion de mon enfance. Les grosses machines, les roues plus grandes que papa, les chevaux qui poussent sous les capots, les séances de bricolage impromptues, mais aussi et surtout des gens simples.
Les Australiens les appellent : les "down to earth". Je n'ai toujours pas compris s' il y a une  touche d'ironie avec connotation péjorative dans l'expression, mais je ne vois guère comment cela est possible. Des gens simples, attentionnés, débordants d'imagination pour rendre service, qui auraient été prêts à tout donner pour te donner une vie plus facile. Ils s'appelaient Bloomy, Gary,  Jarod, Dylan, Tim, Cameron, Anthony, Andrew, Damian, Darryl ou bien David, et ils auront rendu ce voyage plus beau encore. Je pourrais déblatérer des heures en faisant l'éloge des gens avec qui nous avons travaillé à Longford, mais peut être qu'il suffirait de se plonger dans les chansons de country qui tournaient en boucle dans les pick-up des bonhommes pour se faire une idée de leur vie. Peut-être faudrait il écouter "Millworker" de James Taylor pour comprendre réellement leur quotidien.

Dylan, Jarod and the rotten spuds.

with Fabrice in the beast

Tea Break for GG
at work.
Et comme la vie est toujours bien faites, regardez donc qui a traduit les paroles de la chanson de James Taylor pour l'adapter en français. Une chanson qui permettra de mieux comprendre les propos ci dessus. Il est toujours là au bon moment le bougre. Le grand, le seul et l'unique : Mr Francis Cabrel. 

lundi 7 avril 2014

Pérou - Bolivie - Argentine - Chili

Le « temps ». Le voilà le problème principal lorsque l'on voyage. Il relègue largement « l'argent » à la seconde place de nos préoccupations. On se débrouille toujours sans argent. On saute les repas, on fait des choix dans la qualité des transports par exemple, ou le but de nos visites touristiques. On fait appel à des alternatives souvent même enrichissantes. Impossible par contre de se battre contre le sablier. Le temps court toujours trop vite quand tu essayes de le rattraper. Une année, c'est peut être trop court. Que dis-je : onze mois, sacrebleu. Je n'ai pas trouvé une seule fois le temps long. Ne nous méprenons pas : La famille, les amis, « la vie d'avant » manquent régulièrement, car on trouve heureusement le temps d'y songer. Il s'agit de prendre conscience qu'il existe, pour se rendre compte à quel point, on en manque. J'ai retrouvé le goût de l'ennui, comme les joies de la vie rapide, à se faufiler entre deux fuseaux horaires, on s'est mis à regretter nos heures perdues.
Depuis l'Equateur, on a filé droit jusqu'à Santiago du Chili. En retard sur notre parcours, on a du essuyer des regrets à mettre des destinations de coté, faute de temps. Mais on prend goût à ne dormir qu'une nuit par ville, à être en perpétuel mouvement. On partage le début de la route avec quelqu'un puis la fin avec quelqu'un d'autre. On aime, puis on déteste, on savoure, puis on vomit, on se délecte puis on recrache. Même pas la peine de lui demander de stopper. L'ascenseur émotionnel n'hésite pas à s'arrêter à tous les étages. On s'attache et on s'abandonne aurait presque osé ce détestable chanteur hexagonal.

Du Pérou, en passant par la Bolivie, puis l'Argentine, pour finir au Chili, il nous est arrivé un paquet d'aventures. Ca vaudrait presque le coup d'écrire un livre, tellement ce fût trépidant et émouvant. J'y pense des fois. Reste à prendre rendez vous, avec la question temporelle dont il est question quelques lignes plus haut.


Rien à voir avec la choucroute Alsacienne, mais je retiens ces instants passés devant les forums de voyageurs pour glaner quelques informations, et autres conseils utiles en Amérique du sud. Faut éviter de trainer par là. Ces soit disant mines de savoir effraient plus qu'elles ne renseignent. Au même titre que ces sites internet qui te fournissent un diagnostic médical en trois clics, les forums de voyageurs décident d'une destination à ta place en fonction du seuil de sécurité qu'une poignée d'internautes aura choisi. Une douleur en haut de la cuisse, il y a des chances pour que cela soit un cancer de la prostate. Un accident dans le désert ? Le pays est aux mains des narco trafiquants, et des chauffeurs ivres du matin au soir.
On a lu et entendu un paquet d'histoires sordides, toutes déformées et amplifiées par les langues insatisfaites, qui se plaisent à s'inventer une vie à la Crocodile Dundee.
Voyager intelligent, savoir se déplacer aux bonnes heures, apprendre à relativiser sa confiance en soi, et avoir l'humilité pour co-pilote, semblent être les éléments primordiaux de ces moments éphémères. Une fois que tout cela est acquis, il devient tellement agréable de regarder défiler le quotidien. Pas une journée s'est déroulée comme cela avait été organisée la veille. En Amérique du sud, il suffit juste de jongler avec l'imprévu. Le magnifique site du Machu Picchu fût le théâtre d'improbables scènes de révolution internationale alors que le Rio Urubamba était en crue. Devant le pont de sortie en mille morceaux, nous nous sommes retrouvés une petite cinquantaine à prendre le train, seul véritable échappatoire, en otage, exigeant aux autorités de trouver une solution. Merci de regarder les images un peu plus bas, pour admirer les réponses formulées par l'armée Péruvienne. Dans le désert de Bolivie, notre sympathique guide, ne trouve rien de mieux que de noyer ses peines personnelles dans l'alcool, conduisant saoûl sur les routes du Dakar, percutant ses camarades, pour finalement me laisser le volant pour les dernières heures de piste. Les heures, coincées aux frontières, n'ont pas démérité non plus. On a peut être cru y passer le reste de notre vie à la frontière Argentine – Chili, à regarder le jour se lever pendant que les chaleureux douaniers comptaient les produits de contrebande. Autant dire que l'arrivée, il y a quelques jours en Australie, eût un goût amer. Tout a été soudainement bien fade. Une organisation aussi lisse et quadrillée que l'asphalte des routes que nous empruntons actuellement. On finit par s'attacher à l'imprévu, aux interminables bus de nuit, aux bras ouverts sud-américains, et à l'odeur de la poussière sur le chemin, mais on reviendra promis.
A l'heure H, nous sommes dans le nord de la Tasmanie. On entame notre deuxième mois de camping. Autant dire qu'on traine plus sur les carré mat que dans les carré vip. Après avoir fait deux semaines de cueillettes des pommes. Nous sommes désormais ouvriers agricoles dans le domaine de la pomme de terre.
 Il faut renflouer le compte en banque, se refaire une petite santé financière pour continuer en Asie du Sud Est. Sous la tente, dans un charmant territoire rural, nous avons déplié bâches et tentes pour une durée indéterminée,  le temps comme fidèle partenaire.

Mercado San Pedro - Cusco - Peru

Lago Titicaca

Grégoire, et son slip de bain.

Somewhere in Peru with Juan (Ecuador)

Machu Picchu

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Salar d'Uyuni, Bolivia

Lost in the desert- Bolivia

Laguna Colorada, Bolivia


Pont de fortune pour quitter le Machu Picchu.



mardi 11 février 2014

Colombie - Equateur.

Il ressemblait presque à un vieux Mercedes 508 ce vieux voilier de vingt ans d'âge qui nous a conduit jusqu'en Amérique du Sud. L'inébranlable Roger, à bord avec nous, l'appelait même le "Camion des mers". Wildcard, c'était son patronyme. Il était un peu sale, cachait quelques cafards en son bord, mais nous y avons passé de sacrés moments. Sur le pont, un capitaine polonais, un second néo zélandais, des américains, un suédois, des anglais, un hollandais, deux chiliens, un suisse, et quatre français. Une histoire qui pourrait commencer comme une mauvaise blague de cours de récréation de collège. Trois jours à vivre dans une carte postale dans les îles San Blas puis deux jours en haute mer, à naviguer dans les creux de 4 voir 5 mètres. J'ai quelques connaissances qui ont regrettés leurs verres de rhum-coco ingurgités quelques heures avant le grand départ  toutes voiles dehors. Sur ce vieux voilier, conditionné à 20 sur ces quelques mètres carrés, nous avons eu de la chance. Comme dans une pitoyable émission de télé réalité, nous aurions en effet pu avoir pour colocataires la crème de la crème du backpacker benêt comme ce fut le cas sur d'autres embarcations. 5 jours avec Loana et Steevie sans aucune possibilité de secours, j'ose même pas imaginer. Impossible de dire : " Bon je sors me faire un ciné pour me changer les idées". L'expression "embarquer dans la même galère" n'a jamais pris autant de sens à mes yeux. Bref, des camarades de jeu bon enfant, possédant un sens de la convivialité adapté, et un esprit festif modéré question consommation de boissons alcoolisées. En plein dans le mille.

Living in a postcard. 


Captain Youyou, le maître à bord. Des grosses lacunes question hygiène capillaire, une passion assumée pour la culture hydroponique de plantes douces, mais un commandant droit dans ses pompes, à l'autorité indiscutable. Je n'aurais jamais cru me sentir en sécurité avec un garçon aux cheveux si sales.

"Tigre" le mousse.



Carthagène des Indes, la Colombie comme premier pied à terre. Toutes les personnes que nous avons croisé depuis le début de notre périple n'ont cessé de nous venter les mérites du pays de Shakira. J'attendais beaucoup de ce pays à la réputation entravée par une actualité pourtant basée sur des faits datants de la période où ma grand mère conduisait encore au delà de cinquante kilomètres par heure. Effectivement, la Colombie a tenu toutes ses promesses. De Carthagène à Pasto, en passant par Bogota, nous avons principalement été hébergés chez l'habitant. De rencontres en rencontres, les colombiens nous ont offert un lit, un couvert, et largement bien plus que ce que nous pouvions espérer. Ce peuple doit être à l'origine du mot "hospitalité". Une patrie bien déterminée à faire changer l'image que la plupart des européens ont à leur égard. Un pays qui pour le moment est le gros coup de coeur de ce voyage. Un pays qui regroupe plusieurs saisons, plusieurs paysages, plusieurs climats en quelques heures de bus. Si vous voulez retrouver votre fois envers l'humanité et effacer de votre compteur vos années de misanthropie. Prenez donc un billet d'avion. Ca fait du bien.

Taganga, Colombie
Parc Tayrona, Colombie
Dans les coulisses du carnaval de Pasto avec Nohora et Alberto
Le chagrin d'amour, suite au départ de la Colombie, à peine digéré, que nous sommes déjà en Equateur. On ne voyage plus trop seul. On trouve toujours quelques compagnons de fortune pour avaler les kilomètres de routes qui nous transportent sur les chemins d'Amérique du Sud. On a adopté un bon rythme. On a un mode de vie similaire à celui d'un collégien. On se couche tôt, on se lève tôt, certainement plus tôt que pour aller au turbin, mais bizarrement, c'est moins difficile. Dans un des ces nombreux bus, un collégien justement, a du nous trouver tellement à sa portée question âge, qu'il a pris le soin de nous dérober de quoi vivre 15 jours en pension complète dans un hôtel de la Quito. Petit coup au moral. Mais ce sont les aléas du voyage. Je me console dans cette tirade que l'on rencontre sur les lèvres de tous les voyageurs. Un peu comme un concert accordé un demi-ton trop haut. C'est pas grave, c'est punk!

Quito, Ecuador
Casa del arbol
Le volcan Tungurahua en pleine forme.
Bon je file, on a un énième bus de nuit à prendre. On vient de croiser un quinquagénaire qui s'est fait dérober toutes ses affaires par les pirates de la jungle péruvienne. J'ai aiguisé le laguiole de papi, donc les méchants ne sont jamais sur notre chemin. La lame Aveyronnaise fait trembler les voyous.
A bientôt sur ce site, il se pourrait que je commence à accumuler le retard, mais j'avoue que je suis un peu tanné. Je ferais peut être des chroniques de disque la prochaine fois. Merci d'avoir lu jusqu'au bout.

dimanche 12 janvier 2014

Panama City.

Panama City, Panama.
Nous sommes à Panama City. L'heure de quitter l'Amérique Centrale approche dangereusement. Ce fût  long, éprouvant mais tellement passionnant. Nous sommes simplement descendu du Guatemala jusqu'au Panama en bus. Le bus. Ce véhicule qui m'a transporté durant toute ma jeunesse en zone péri urbaine, a désormais une saveur nouvelle. Il rime avec air conditionné, conduite périlleuse, convivialité familiale, odeurs corporelles, et routes nocturnes de type "dégueulasse". Par ordre d'apparition dans les mirettes, nous avons successivement admiré le Guatemala, le Salvador, le Honduras, le Nicaragua, le Costa Rica puis le Panama.
 Nous nous sommes laissé tripoter aux douanes, nous sommes tombés en panne, nous avons dormi dans des salles d'attente, parfois la tête dans l'urine (mais jamais les deux à la fois, promis), nous avons compté les cafards, mais nous y avons toujours pris du bon temps. Il y a quelques mois, le projet que nous avions en tête était uniquement de descendre par la route, de San Francisco à Santiago du Chili, mais c'était sans compter le léger contre temps qui se cache à la frontière du Panama par le sud.
Le problème réside dans le fait que la frontière Panama/Colombie est considérée comme l'une des plus dangereuses du monde en passant par la voie terrestre. Il faut emprunter des routes à travers la jungle qui sont visiblement contrôlées par les narco trafiquants, et les FARC. Ca serait dommage d'avoir commencé cette charmante partie en essuyant le game over avant même d'avoir affronté le boss de fin.
Reste la voie maritime. Là aussi, le commerce des narcos reste un problème de taille, il faut donc lorgner vers des bateaux plus touristiques pour traverser en toute sécurité. Comme l'on pourrait choisir une cravate pour le mariage du cousin, nous avons donc choisi un voilier et un capitaine pour nous amener en Colombie, moyennant un budget qui n'est sans doute pas à notre portée. Trop tard, la belle embarcation est supposée nous attendre après quelques heures de Jeep au milieu du territoire Kuna. A quelques heures du départ, on sait toujours pas si elle y sera.

Décontracté du bocal, posé dans ce backpacker panaméen en attendant notre bateau, j'ai pris le temps de contempler l'actualité hexagonale. Avec le recul géographique imposé, et l'absence de quelques mois, j'avais pas pris conscience de l'ampleur des dégâts. Excusez moi de vous dire ça mes chers compatriotes, mais vu d'ici c'est pas vraiment beau à voir.
L'histoire de cet ex-humouriste breton doit certainement être la cerise sur le ghetto. Autant l'avouer tout de suite, il fût un temps où il m'a fait rire ce con. En duo comme en solo, il m'a fait rire. Je l'ai presque trouvé talentueux. Naïvement, je l'ai même parfois défendu, lorsque ses provocations de seconde zone n'étaient pas encore associées au nom de Faurisson et Ayoub. Les orteils enfouis dans le sable des Caraïbes, j'ai dans un premier temps évité tout cette messe répugnante. Mais difficile de passer à coté. J'ai donc lu ces derniers temps, fait le tri dans cette pétaudière d'informations pour essayer de se concentrer sur le plus intéressant.
 Le clown est pitoyable. Encore plus déplorable que le pitoyable : ma gueule. Innocemment, comme un adolescent perdu en mal de construction identitaire, j'ai ri à ses conneries, au nom de l'humour et d'un degré que je pensais être proche du huitième. Maintenant que le clown a perdu tout son maquillage,  c'est moi qui fait la grimace quand je repense à mes propos lancés à haute voix en public. Je suis content d'être loin, parce que j'ai honte. Tel, un abruti de première classe qui prend du poil à gratter pour une lotion de soin pour la peau, je suis tombé dans le panneau. Et maintenant cette horde de fanatiques, bien trop présente dans mon cyber entourage, qui prêche sa parole, et s'insurge contre une énième dérapage gouvernemental, me ferait presque frissonner. Je suis pas encore sur le bateau que je vomis déjà, terrorisé par la vague que je viens de prendre en pleine poire. Peut être sont ils encore obnubilés par le maquillage, peut être que leur vague n'a pas effacé ces couches de fond de teint qui font encore passer ça pour de l'humour. Peut être n'ont ils pas pris le temps de lire cet article par exemple. Peut-être n'ont-ils pas assez navigué dans les océans du meilleur copain du breton, dont il est question par ICI. Il s'agirait pas de se tromper de combat au simple nom de la liberté d'expression. Allez les jeunes, si vous voulez vous trouver des gestes anti-systèmes, allez écouter CRASS, vous rendrez certainement ce monde meilleur.
Prochaine étape, Carthagène, Colombie.

El Zonte, El Salvador. 
En rade, quelque part au Costa Rica.
Bocas del toro, Panama.

vendredi 3 janvier 2014

Le soleil qui chante.

C'est dans ce petit village, en proche banlieue de Guatemala City, perché à 1900 mètres d'altitude, et à quelques encablures de la célèbre Panaméricaine que nous avons donc posé bagages, pied endommagé, et folles envies de marathon. Gregoire et Jordane habitent au Guatemala depuis plus d'un an, et vont nous accueillir pendant une petite quinzaine de jours. Un moyen de se délasser à l'ombre de l'avocatier du jardin, tout en respirant le doux parfum de la brique rose émanant des palabres de nos amis. Au programme : manger excellemment bien, dormir, lire, écouter des disques, écrire, rien faire, et recommencer le lendemain. J'en ai passé des journées à rien faire, un peu plus qu'à lire la bibliographie de Victor Hugo. J'ai retrouvé le goût de l'ennui. Alité dans ce matelas gonflable, coincé dans des draps bien trop agréables, je n'ai pas bougé, ni mon pied blessé ni le reste de l'enveloppe corporelle. Je devais être un tantinet pénible à la longue je l'accorde. Profitant des fins de semaines de nos amis, j'ai pu doucement petit à petit faire flirter à nouveau mon pied gauche avec la chaleur de l'asphalte guatémaltèque. Nous avons emprunté les routes menant à Antigua ou Panajachen, ces routes qui nous ont tout de suite amenées vers le sens du mot "dépaysement."
Pick up, bus multi-colores, et grosses cylindrées aux vitres teintées, abritent familles, fusils à pompes, et stock d'ananas. Je vous laisse bien évidemment remettre les choses dans l'ordre mais sachez que vous pourriez être surpris(e).
La grande ville de Guatemala City, chef lieu de la corruption et de la violence armée est loin d'être la destination idéale pour le retraité en mal de vacances les pieds en éventail. Les récits, et anecdotes en tout genre sur les différents braquages ou kidnappings font sourire à entendre, mais on reste tout de même vigilant sur les endroits à fréquenter.
Dans la jungle du Peten, nous nous sommes perdus dans les vestiges Maya de Tikal avec ce vieillard clopinant mieux que moi et son fils qui était visiblement là pour assouvir sa dernière volonté. Un peu plus tôt après une ballade en lancha, nous avons rencontre un bénévole de l'association ARCAS. Alligators, perroquets, et singes dans le même eldorado, béni soit le jardinier.
Antigua, Guatemala
Lac Atittlan, Guatemala
Tikal, Guatemala
Après de longues heures de bus pour rejoindre la mer des caraïbes via le charmant pays du Bélize, nous  avons débarqué sur les terres de Zapata au Mexique. Grâce à l'impressionnant réseau de bus, nous avons voyagé à travers quelques différents états du sud du pays.

Road Map.
Je ne sais pas comment raconter. Je ne sais s' il faut faire un choix des meilleurs anecdotes,  écrire ce blog comme celui de "Dalida et Carlos sont en vacances", parler du climat, de la nourriture, des autochtones, du prix de l'essence, ou de la taille des tortas. Je crois que je préfère écrire des chroniques de disques. C'est difficile de raconter ce que l'on vit sans tomber dans le guide touristique ou l'étalage d'aquarelles de mots sans passer pour un con à la pastèque bien trop dure. Je ne sais pas trop faire ça je crois. J'essaye d'écrire dans ces bus de nuits qui nous emmènent de destinations en destinations. Je note des sensations, des odeurs, des attitudes, mais rien qui ne puisse avoir sa place dans ce blog.
Vous avez gagné, je vais plutôt faire un top 5 des animaux croisés au Mexique. Après je file, on a bus pour le Nicaragua. Bonne année. Restez digne dans la décadence. Et arrêtez avec Dieudonné. Pitié.

TOP 5 - Animaux mexicains

5. Caché derrière un bout de matelas, dans notre chambre à Puerto Escodido : Le scorpion. Petit certes, pas très actif dans ses déplacements, mais l'origine d'un hurlement sans précédent pour Géraldine. Tel Chuck Norris dans Expendables, j'ai dans un premier temps voulu lui sauver la vie, mais nos voisins de palier ont décidé que je devais l'abattre pour gagner quelques points de virilité. Je le regrette encore.

4. Croisé régulièrement sur les routes du Mexique : L'Iguane. Magnifique animal, le reptilien dans toute sa splendeur. Un air nonchalant, une démarche charismatique, et une peau qui change de couleur selon l'environnement. Mention spéciale à ceux croisés dans le Yucatan. Si j'avais quelques centimètres de moins, j'adorerai en chevaucher un. Un style "neverending story" certain.

3. Toujours du coté du Oaxaca : "Diciembre", le chien. A défaut de pouvoir sympathiser avec les surfeurs locaux, bien trop bronzés et musclés pour daigner nous adresser la parole, on s'est fait un ami chien. Il est resté 4 jours avec nous. Il sentait encore plus mauvais que mon sac de linge sale, mais il semblait apprécier le dernier disque de Lawrence's Arms qui tournait en boucle à l'époque. I miss you buddy.

2. Le gueko. Toujours présent. Dans tous nos lieux de passages, il y a en toujours au moins un aggripé au plafond qui se paye une petite ballade. Le cou cassé en deux pour observer leurs promenades nocturnes, j'en suis arrivé à deux conclusions. Le gueko peut faire plus de bruit que moi en ronflant, et cette bestiole semble être la réincarnation animale de ces petits bonhommes acrobates et gluants avec lesquels nous jouions à l'école primaire.

1. Au bout d'une piste menant au pacifique, chevauchant une moto à la cylindrée relative, nous sommes tombés sur une plage au milieu de rien. Sur cette plage, une minuscule tienda avec des charmantes toilettes, et une famille qui s'esclaffe à plein poumons pour nous présenter le ballet de 4 baleines à quelques centaines de mètres au large. Somptueux.

Tulum, Quintana Roo, Mexique.

Districto Federal, Mexico City.

Oaxaca de Juarez.

Middle of nowhere. Oaxaca.